Voici la septième édition des « Orientales », la liste des artistes venus depuis six ans, du Maghreb à la lointaine Asie, est déjà impressionnante. Ces rencontres d’un concert, d’un jour ou d’un festival ont imprégné dans nos mémoires des images, des sonorités d’autres vies et d’autres mondes.
Saint-Florent-le-Vieil connaît ainsi chaque année ces petits moments de grâce où l’autre devient pour nous l’objet d’une réelle découverte, d’un réel émerveillement.
Qui aurait pu imaginer que le Mont-Glonne, terre ancestrale de la Loire, aurait pu connaître au-delà de son histoire, ces parcelles d’émotions magiques, révélées par des artistes, baladins et poètes venus d’un monde à la fois si lointain et si proche du nôtre.
Chants poétiques et danses traditionnelles de l’Asie et de l’Orient nous rappellent cette extraordinaire capacité d’imagination que possède l’homme confronté à son destin.
Ce patrimoine artistique de transmission orale appelé « immatériel » par l’Unesco porte en lui les traces de notre humanité tout comme les grands sites archéologiques de notre planète.

Dans notre société agitée, les « Orientales » offrent la possibilité de goûter furtivement à d’autres manières de vivre et de penser, à une autre perception des choses.

Le chiffre 7 est en Orient un chiffre symbolique ; pour nous il correspond à l’accomplissement d’un cycle, dans ce nouveau voyage, du Maghreb à l’Asie, dont chaque concert est une étape.

Cette année, le festival affirme sa volonté de diversifier les formes d’expressions et de dépasser de plus en plus la notion même de concert puisque la danse se mélangera au dessin et à l’art martial.
Le Kalam, l’art des peintures éphémères, le Kalaripayat l’art martial du Kerala et une danseuse dessinant un lion sur le sol, révèleront les dernières traditions d’une Inde ancienne.

Peuples de l’eau, des montagnes et des déserts, des lamentations mystiques au soufisme afghan et aux poésies épiques kurdes, les « Orientales » offrent une diversité d’expressions qui fait appel à une vaste palette d’émotions propres à enrichir notre imaginaire. Le public, d’ailleurs, ne s’y trompe pas ; il a prouvé sa fidélité et son intérêt pour cette manifestation unique en Europe.

Hervé de Charette
Président

Le défilement du temps

« Devant le sombre hiver de Paris qui bourdonne,
Ton soleil d’orient s’éclipse, et t’abandonne,
Ton beau rêve d’Asie avorte, et tu ne vois
Sous tes yeux que la rue au bruit accoutumée,
Brouillard à ta fenêtre, et longs flots de fumée
Qui baignent en fuyant l’angle noirci des toits.

Alors s’en vont en foule et sultans et sultanes,
Pyramides, palmiers, galères capitanes,
Et le lion vorace et le chameau frugal,
Djinns au vol furieux, danses des bayadères,
L’Arabe qui se penche au cou des dromadaires,
Et la fauve girafe au galop inégal ! »

Novembre – Les Orientales
Victor Hugo

C’est précisément en cette période automnale lorsque se prépare cette nouvelle édition, qu’il faut faire appel à sa rêverie : Imaginer un nouveau voyage en terre d’Orient.
De nos jours, vidéos, sites Internet, documentaires, compact discs et enregistrements amateurs nous rappellent ces traditions, mais c’est plutôt par une sorte d’imagination prophétique, que l’on se plait à rêver, en cette période de l’année, à transformer le site du Mont-Glonne en un campement exotique, où, comme chaque année, poètes, danseurs et chanteurs migrateurs viendront se poser.

Depuis maintenant six années, « Les Orientales » ont imprégné en nous des souvenirs, des visages, des regards ponctués par un autre rythme du temps. Un temps qui s’étire sur des siècles de transmissions. Un temps qui traverse l’émerveillement de l’enfance et la sagesse de la vieillesse, comme la vie de ces musiciens. Les parcelles d’histoires de ces personnages, révélées par épisodes le temps d’un concert à l’Abbatiale, au Café Oriental ou au Salon de Musique, sont aussi les nôtres.

Le propre des musiques populaires est d’être le reflet d’un mode de vie, d’une confession, le témoignage d’un quotidien.

Dans la tradition hébraïque, chrétienne et musulmane, les six premiers chiffres correspondent à la création, le septième au repos. Pour nous cette septième année nous permet de mieux comprendre l’étirement du temps qui, comme le fleuve du « Siddharta » d’Hermann Hesse, défile comme le flot des mots poétiques.

Capturer le temps où s’entremêlent différentes expressions artistiques, comme l’art martial du Kalaripayat du Kerala, le plus ancien dit-on, où l’on s’inspire de la force et de la grâce de l’animal, comme dans la danse magique du Kuchipudi où la danseuse peint un lion avec ses pieds.

Se remémorer la nostalgie des paroles du poète juif qui, accompagné de musiciens arabes, chantera en hébreu dans une église, au même titre que les maîtres soufis de l’Afghanistan, du Kurdistan iranien ou de l’Egypte qui nous procureront des frissons acoustiques uniques.

La liste des bardes invités cette année est longue et vous pourrez la découvrir au fil de ce nouveau programme qui met particulièrement en valeur l’influence persane hors de l’Iran, la culture du Kerala indien ou celle tant malmenée du peuple kurde.

« Time is an ocean but we are only at the shore » (Le temps est un océan, mais nous ne sommes qu’à son rivage) dirait Bob Dylan, autre poète. Temps d’une journée, temps de la vie décrit par l’Ecclésiaste, temps d’un festival où l’on peut s’abreuver aux racines d’un Orient qui se prolonge grâce à la transmission d’un savoir.

Alain Weber
Directeur artistique


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