Hervé de Charette
Président du festival

Cette année est la sixième édition de notre festival. Une fois encore, notre regard se tourne sur un autre Orient que celui que nous impose l’actualité. À Saint-Florent-le-Vieil, l’Orient du rêve et de la magie vient chaque année nous rendre visite. Celui aussi d’une transmission historique de l’humanité qui résiste tant bien que mal aux vicissitudes de notre monde contemporain.

Du bassin méditerranéen à la Chine, cette diversité d’expressions est développée dans chaque région, culture ou peuple au cours des siècles. Un Orient où la grâce et la beauté du geste sont une offrande aux divinités au même titre que la voix. Une grande année de découverte : dix nouvelles formes d’expression sont présentées au festival pour la première fois en France.

Des pays aussi différents que l’Inde, la Chine, la Thaïlande, le Japon, l’Afghanistan, la Roumanie, la Mongolie, l’île de Zanzibar, la Corse ou l’Italie, font partie d’un Orient qui a traversé les océans et les déserts, suivant les grandes voies marchandes d’autrefois.

Pour pouvoir chaque année vous présenter un programme de cette qualité nous devons sans cesse redoubler d’effort et franchir tous les obstacles inhérents à la venue d’artistes lointains, aussi bien en termes logistique que financier. C’est grâce à un effort acharné parsemé de nombreuses démarches administratives et de missions diverses que nous pouvons vous révéler ces quelques trésors cachés de notre patrimoine culturel mondial. Sans cesse, notre festival s’aventure dans de nouveaux chemins pour donner un espace d’expression à des traditions de plus en plus menacées.
Nous sommes donc d’autant plus sensibles à votre participation en tant que spectateurs, car ce festival a pour vocation de s’adresser aussi bien à un public spécialisé qu’à un grand public, lequel est de plus en plus ouvert à ces formes artistiques.
L’aspect populaire de cette manifestation est pour nous primordial et détermine beaucoup le choix des artistes invités.
En dehors de tous les concerts présentés pendant ces deux week-ends, des conférences auront lieu sur des thèmes d’actualités ainsi qu’une magnifique exposition photographique de Serge Fouillet.






par Alain Weber
Directeur artistique du festival

Plus que jamais cette nouvelle édition est le reflet d’une quête du rêve.
Par l’illusion, la magie, l’acrobatie, la performance martiale, le raffinement de la danse, l’homme tente constamment de dépasser son enveloppe charnelle en faisant de son corps le sanctuaire de la beauté et de l’exceptionnel.
Cette beauté rime avec vérité comme inspiration est synonyme de révélation et poésie de prophétie.
La grâce céleste des voix de l’Abbatiale côtoie la naïveté des spectacles de rues qui peuplaient l‘ancien Orient populaire.

Comme les tambourinaires japonais de Tokyo, l’homme tente de défier les dieux par la force tellurique du battement de tambours géants. Le poète provoque l’émerveillement de la parole et devient le “manipulateur de foule” que Bob Dylan met aussi en avant dans “Jokerman”, où l’artiste est défini comme un “dream twister”, secoueur de rêves.
Lorsqu’il se fait acrobate ou illusionniste, l’homme semble singer les pouvoirs magiques des divinités dans un désir ingénu d’éternité. Les petits spectacles acrobatiques d’Inde du Sud présentés cette année pour les enfants, se jouent là-bas dans l’enceinte sacrée des temples du Tamil Nadu.

Une création présentera l’illusionnisme et la magie des mystérieux ou roublards fakirs d’Inde, croisés dans “Les cigares du Pharaon” ou “Le voleur de Bagdad”.
L’amour courtois évoqué par l’ensemble italien Cantinela Antiqua propose un éloge de la femme dont la beauté est l’expression, en terre chrétienne ou en terre d’Islam, de la pureté divine. Cette même beauté qui émane du jeu et du chant raffinés de femmes venues d’Asie, du luth pipa de Liu Fang (Chine) à la voix d’Huong Viêt (Vietnam), ou encore à l’art de la poétesse thaïlandaise Boispham Sanammong.
De même, la création d’Armand Amar propose un parcours vocal, revisitant avec modernité cette démarche du sacré.

Mers et océans des anciens navigateurs et commerçants arabes ont transporté les voix et les mélodies d’un Orient qui s’est fait méditerranéen, de la Sicile à la Corse, comme en témoignent les chants religieux de Tempvs Fvgit.
Avec l’établissement des marchands arabes sur la côte est africaine et le drame de l’esclavage, l’Orient est devenu africain. Le Culture Musical Club (Taarab de Zanzibar) et l’ensemble noir soufi de Sidi Goma du Gujarat portent en eux cet héritage africain.

Entre émotion et connaissance : conférences, lectures, ateliers d’initiation à l’écriture chinoise, expositions photographiques, et films élargiront notre vision.

“Pourtant, ce qu’il faut dire, c’est que toutes les idées qui ont permis aux mondes romain et grec de ne pas mourir tout de suite, de ne pas sombrer dans une aveugle bestialité, sont justement venues de cette frange barbare ; et l’Orient, loin d’apporter ses maladies et son malaise, a permis de garder le contact avec la tradition.”

Antonin Artaud
(Héliogabale ou l’anarchiste couronné)